Lorsque la photo de "jeunes libanais au volant d'une décapotable en visite dans
Beyrouth Sud dévastée , prise le 15 aout , après le cessez -le feu" a remporté le
1er prix du World Press 2006 - catégorie photo de l'année , les critiques ont commencé
à se faire entendre :

...." La jeunesse dorée libanaise visite les quartiers pauvres et dévastés de Beyrouth comme
une attraction touristique", d'autres trouvaient à redire sur "la tenue provocantes
des jeunes femmes assises dans la décapotable"....
La polémique est montée d'un cran sur mesarabies.com le blog du photographe libanais
Samer Mohdad, pour qui ce premier prix est une " insulte faite à tout les photojournalistes
qui risquent leur vie en couvrant cette guerre " et se demandait à juste titre quelle serait la
réaction de ses jeunes gens en voyant leur photo publiée.
"Pop journalisme" répliquait sur le même blog le photographe de guerre Stanley Greene
et ancien lauréat du World Press ."Fashion Shoot" selon Marc Sealy, directeur de l'agence
londonnienne Autograph. . On aimerait bien aussi l'avis de Martin Parr sur cette photo !
Après tout, la tournée mondiale de l'exposition du WPP avait l'habitude de faire une halte
sous la verrière du couturier Azzedine Alaïa à Paris, mais ce n'est pas prévu au programme de cette année !
Il faudra patientier jusqu'en septembre et Visa pour l'Image pour voir l'expo de toute la selection
du WPP 2006 ; et par d'ailleurs, JFL, membre du jury du WPP s'est déclaré très blessé par tant
de critiques sur le choix du jury , a-t-il indiqué dans un commentaire sur le même blog.
Et Le Monde, titrait "guerre, chaos et dolce Vita", histoire d'en rajouter un peu .
Entre temps Spencer Platt, l'auteur de la photo controversée est interviewé par photographie.com
et précise que sa photo "contient l’ensemble du Liban avec toutes ses ironies, des fabuleuses élites
aux plus pauvres". On apprendra plus tard sur CNN qu'il n'a jamais eu de contact direct avec les
prétendues élites photographiées dans la mini-cooper rouge.
Tandis que la polémique enflait, au sujet de ses jeunes gens, Gert Van Langendonck,
un journaliste du quotidien flamand De Morgen est parti à la recherche des protagonistes
malgré eux de cette histoire. Il les a retrouvés , les a interviewés et le photojournaliste
Karim Ben Khelifa les à même immortalisés une seconde fois .
© Karim Ben Khelifa /L'oeil Public
Le resultat de l'enquête est publiée sur PDNonline qui le premier dévoile l'identité
et le témoignage des jeunes libanais retrouvés par le journaliste :
-Ces cinq jeunes gens avaient fui leur appartement de Beyrouth Sud au début
des bombardments et s'étaient réfugiés pendant toute la durée du conflit à l'hotel Plazza.
C'est là qu'ils se sont retrouvés parce que certains d'entre eux y travaillaient aussi
-Le jour du cessez-le feu, ils ont emprunté la voiture d'une amie pour aller voir l'état de leur
appartement respectif situé dans la banlieue de Beyrouth
-Il faisait très chaud à Beyrouth ce jour là et difficile de tenir à cinq entassés dans la mini-cooper,
après avoir hésité , le conducteur a finalement décidé de rabaisser la capote
- La tenue vestimentaire des filles , les débardeurs, les lunettes de soleil est la leur tous les jours
dans une vile comme Beyrouth, comme d'autres jeunes femmes dans cette ville moyen-orientale
et occidentalisée .
- ils n'ont pas d'appartenance religieuse revendiquée
A son tour Spiegel On line publie la "veritable histoire" racontée par Bissan Maroun,
la jeune fille au telephone portable sur la photo de Spencer Platt
"Regardez nos visages. Ils montrent clairement combien nous étions horrifiés et choqués.
Nous n'étions pas en train de nous réjouir" confie-t-elle pour faire taire les rumeurs.
On sait depuis longtemps que l'on peut faire dire ce que l'on veut à une images, selon la légende
qu'il lui est accolée dans la presse et cette histoire l'atteste une nouvelle fois.
Comment doit -t-on interpréter, à posteriori- la formule de Michelle McNally, du New York Times,
presidente du jury du World Press , qui déclarait à l'annonce du résultat " this photograph makes
you look beyond the obvious". Au-delà de quel visible doit -on regarder ?
Entre temps les inconnus étaient devenus célèbres, mais d'une célebrité dont ils se seraient peut-être
bien passée. Et finalement , et c'est une première, l'organisation du World Press les a invités
(pour se déculpabiliser?) à la cérémonie de remise des prix à Amsterdam (!!!) .....
Et si parmi les photos selectionnées pour le World Press, cette photo là ou alors celle-ci avait été choisie
et avait reçu le prix de la photo de l'année ??